vendredi 12 juillet 2024

Galerie SR, 1994-2024 : Toute une époque !

 

Stéphane Rochette devant la Galerie SR, 1995

Il fallait bien que cela arrive un jour. Au 16, rue de Tocqueville, à Paris, et après trente ans d’activité, la Galerie SR vient de baisser définitivement le rideau. Dommage. Sa cour n’aura jamais été aussi fleurie. Avant elle, et depuis la création de l’immeuble, à la fin du XIXe siècle, ce fut une succession de blanchisseries. Après elle, une autre aventure naîtra.

Inaugurée en mai 1994, la Galerie SR a fermé le 30 juin 2024. Trente années d’activité, mais surtout de bonheur, qui passèrent à toute allure. 

 

 

Galerie SR, côté cour




 

Ce ne fut sans doute pas une galerie tout à fait comme les autres, mais après tout chaque galeriste donne une inflexion propre à son travail, confère un style à son lieu d’exposition.

Chaque galeriste a ses goûts et fait des choix. Ce qui aura caractérisé, et peut-être différencié la Galerie SR des autres, ce fut le soin d’y mélanger les arts et les lettres. On exposait Rey-Millet, mais on travaillait sur ses écrits et l’on demandait à Balthus une préface et à Jean-Marie Dunoyer un texte pour un catalogue. On accompagnait Pierre-André Benoit à l’inauguration de son musée, où l’on retrouvait Alechinsky et Guitet. On tentait de trouver un illustrateur à Georges Borgeaud pour la couverture de l’un de ses Mille Feuilles. On présentait Claire-Lise Monnier, mais on publiait ses contes et nouvelles. On participait au Bulletin des Amis de Ramuz pour faire se croiser l’auteur suisse avec ses amis peintres et écrivains. On tentait de faire connaître le graveur Jos Jullien, tout en publiant une partie de sa correspondance. On participait au dictionnaire des peintres ardéchois, nommé Peindre l’Ardèche, peindre en Ardèche, pour évoquer des artistes célèbres, comme Albert Gleizes, ou moins connus, tel René Rochette. On demandait des textes inédits au merveilleux Jacques Doucet, ce poète du Berry et de La Baule, que nous visitions en sa « Clairière » bauloise. On éditait un essai biographique sur Paul Signac, en l’accompagnant de la publication de ses dernières réflexions sur l’art, mûries quelques jours avant sa mort. On demandait à Jean Piaubert ses souvenirs d’enfance, et il nous lisait peu après Quand j’étais petit… On faisait paraître, avec l’éditeur et photographe Bruno Wagner, un livre d’art sur Oscar Chelimsky, mais on incluait ses souvenirs sur Brancusi, son voisin d’atelier de l’impasse Ronsin. On présentait à l’occasion, telle une relique, cette gouache d’Henri-Dante Alberti – œuvre qui avait changé notre vie –, ce même Alberti que Picasso surnommait le « Petit Poète ». Bien d’autres exemples pourraient s’ajouter ici. 

 

 

 

Ce qui marque une vie de galeriste, est-ce la vente d’un tableau ou bien la rencontre avec un peintre, un poète, un écrivain ? La vente d’une œuvre permet de durer. On ne tient pas un commerce pendant très longtemps sans de régulières rentrées d’argent. Elles furent rarement abondantes, mais toujours suffisantes pour vivre. Pourtant, ce sont les rencontres qui comptèrent en premier, et de nombreux visiteurs venus à la galerie, célèbres ou non, restent gravés en mémoire. 

 

 

Galerie SR, 16, rue de Tocqueville, Paris

 

La galerie était centrée sur l’art moderne. Elle a cependant exposé quelques artistes contemporains comme Sajtinac, Alex Barbier, Georges Bru, Jacques Muron, Bruno Wagner. Chacune de ces rencontres fut un plaisir et un enrichissement – au moins moral !

La fête est donc finie. Elle fut belle. Nous n’ouvrirons plus la vieille malle en cuir pour en extraire une bouteille de whisky ou de porto que l’on partage avec un client de passage ou avec des amis. Dans la cour, nous ne ramasserons plus les marrons tombés de l’un des grands arbres de l’immeuble voisin. Nous ne verrons plus le merle, la rare bergeronnette ou les moineaux. Nous ne sauverons plus l’olivier croulant sous le poids de la neige. Nous n’entendrons plus résonner les accords du pianiste qui accompagne le cours de danse, ni les instructions de la professeure : Et un, et deux, et trois et quatre…

Les photographies sont là pour montrer le temps qui passe. Entre 34 et 64 ans, l’allure peut rester un peu semblable, mais les visages changent, les forces s’amenuisent, l’esprit est moins vif. A quoi bon s’inquiéter des choses inéluctables.

Il ne faut pas s’inquiéter non plus de ce qui arrivera demain. Même si les « belles années » sont finies, le futur aura son charme, à condition de regarder devant, sans nostalgie pour le passé. Ce qui est fait est fait, à quoi bon y revenir. Arrangeons juste le col de notre chemise, retroussons nos manches et scrutons l’horizon, qui nous dit… 

 

 

Dans la Galerie SR, 2024   


Galerie SR

16, rue de Tocqueville

75017 Paris

01 40 54 90 17

galerie.sr@gmail.com